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Recouvrement de créances en Roumanie

La procédure de recouvrement de créances en Roumanie commence par une analyse des indicateurs financiers du débiteur, de son domaine d’activité, de l’historique de l’entreprise, de la disponibilité de preuves documentaires de la dette, des affaires judiciaires et des procédures d’exécution en cours, et de la possibilité de contester la dette. Cette analyse constitue la stratégie qui sera utilisée pour recouvrer la créance.

Lorsqu’il s’agit d’un débiteur roumain constitué sous forme de société, l’analyse préalable devrait généralement comprendre la vérification du statut de la société et de ses données d’immatriculation dans le registre du commerce roumain, l’examen des publications relatives aux procédures d’insolvabilité, la consultation des données judiciaires disponibles et l’évaluation de l’existence d’une activité réelle ou d’actifs identifiables. Ces vérifications permettent de déterminer si le dossier se prête davantage à un recouvrement amiable, à une injonction de payer, à une action judiciaire ordinaire, à des mesures conservatoires, à une exécution forcée ou à une procédure d’insolvabilité.

Si le débiteur n’a pas d’affaires judiciaires en cours ou de jugements en suspens concernant le recouvrement de la dette et qu’il est activement engagé dans ses affaires, il est conseillé de passer à l’étape du recouvrement extrajudiciaire informel de la dette.

Cette étape implique des négociations actives avec le débiteur pour parvenir à un accord sur le paiement des créances du créancier ou sur d’autres options de règlement possibles (par exemple, la restitution des biens, le transfert de la dette à un tiers, l’échange de services ou de biens). 

L’engagement avec le débiteur commence immédiatement après l’envoi de l’avis par la poste, par courriel, par téléphone ou par messager. Ce processus implique une communication intensive avec le débiteur afin d’exercer une pression constante. L’objectif principal est de contacter les principaux décideurs afin d’obtenir le recouvrement le plus rapide possible de la dette.

La durée moyenne d’un recouvrement informel non judiciaire est de 60 jours (sauf si des versements échelonnés sont convenus). Si cette étape ne donne pas les résultats escomptés ou si l’analyse initiale s’avère inapplicable, il est nécessaire de procéder au recouvrement judiciaire.

Avant d’engager un recouvrement judiciaire en Roumanie, le créancier doit déterminer le délai de prescription applicable et la date exacte à laquelle la dette est devenue exigible. En règle générale, le délai de prescription est de 3 ans, sauf si le droit roumain ou la nature de la créance prévoit un autre délai. Cette analyse est importante avant de choisir entre le recouvrement amiable, l’injonction de payer, l’action judiciaire ordinaire, la procédure relative aux petites créances, l’exécution forcée ou une stratégie liée à l’insolvabilité du débiteur.

La prescription en Roumanie ne doit pas être présentée comme une conséquence que le tribunal applique automatiquement dans chaque litige de recouvrement. Selon les règles du droit civil, la prescription constitue en principe un moyen de défense au bénéfice de la partie à laquelle elle profite et doit être invoquée au stade procédural approprié. Le créancier doit donc évaluer le risque de prescription avant d’introduire l’action et conserver les preuves de reconnaissance de dette, de paiement partiel, de paiement d’intérêts, de correspondance confirmant l’obligation ou d’autres circonstances pouvant être pertinentes pour l’interruption du délai de prescription.

Dans le recouvrement international, la Convention des Nations unies sur la prescription en matière de vente internationale de marchandises de 1974 peut être pertinente uniquement pour les créances issues de contrats internationaux de vente de marchandises et seulement lorsque ses conditions d’application sont réunies. La Roumanie est partie à cette convention, qui prévoit un délai de prescription de 4 ans pour les créances entrant dans son champ d’application. Ce délai ne doit pas être considéré comme un délai général applicable à tous les créanciers étrangers ni à toutes les dettes commerciales en Roumanie.

Si le délai de prescription a expiré et que le débiteur invoque valablement la prescription, le recouvrement judiciaire devient beaucoup plus difficile. Dans une telle situation, la position du créancier peut dépendre de l’existence de preuves fiables d’interruption du délai de prescription, de reconnaissance de dette, de paiement partiel, de négociations, de documents de règlement ou d’autres circonstances empêchant le débiteur d’utiliser efficacement le moyen de défense tiré de la prescription.

Si le créancier dispose déjà d’une décision rendue par une juridiction d’un autre État membre de l’Union européenne en matière civile ou commerciale, la stratégie peut être différente de l’introduction d’une nouvelle action en Roumanie. Conformément au règlement de l’Union européenne numéro 1215/2012, ces décisions sont en principe reconnues en Roumanie sans procédure spéciale de reconnaissance et peuvent être exécutées sans déclaration constatant leur force exécutoire, sous réserve des documents et des démarches procédurales nécessaires pour poursuivre les biens du débiteur en Roumanie.

Le droit roumain prévoit plusieurs voies judiciaires pour le recouvrement de créances, notamment l’injonction de payer, l’action judiciaire ordinaire et la procédure relative aux petites créances. Le choix de la voie appropriée dépend du montant de la créance, de la qualité des documents, de l’exigibilité de la dette, de la position prévisible du débiteur et de la nécessité d’obtenir rapidement un titre permettant l’exécution forcée.

Lorsqu’il existe un risque que le débiteur dispose de ses biens avant que le créancier n’obtienne un titre exécutoire, des mesures conservatoires peuvent être envisagées dans les cas appropriés. Elles peuvent notamment prendre la forme d’une saisie conservatoire, d’un séquestre judiciaire ou d’une saisie conservatoire de créances et d’autres actifs, selon la nature des biens et la situation procédurale. Ces mesures ne remplacent pas l’action principale en recouvrement, mais peuvent aider à préserver les actifs du débiteur avant le début de l’exécution forcée.

La procédure d’injonction de payer s’applique aux créances monétaires certaines, liquides et exigibles qui résultent d’un contrat civil ou d’un autre document écrit accepté par les parties dans une forme admise par la loi. Avant de déposer la demande, le créancier doit adresser au débiteur une mise en demeure de payer par l’intermédiaire d’un huissier de justice ou par lettre recommandée avec contenu déclaré et accusé de réception, en accordant au débiteur un délai de 15 jours pour payer la somme due.

Si le débiteur ne paie pas dans ce délai, le créancier peut saisir la juridiction roumaine compétente d’une demande d’injonction de payer. La demande doit être accompagnée des documents établissant le fondement et le montant de la dette, ainsi que de la preuve de la communication de la mise en demeure. L’absence de cette preuve peut entraîner le rejet de la demande comme irrecevable.

Pour examiner la demande, le tribunal peut convoquer les parties afin d’obtenir des explications, de préciser leurs positions, d’inciter le débiteur au paiement ou d’amener les parties à convenir d’un mode de paiement. La convocation doit être communiquée au moins 10 jours avant la date de l’audience, et le débiteur doit déposer sa réponse au plus tard 3 jours avant cette date. L’absence de réponse peut être appréciée par le tribunal, compte tenu des circonstances de l’affaire, comme une reconnaissance des prétentions du créancier.

Si le débiteur paie la dette, le tribunal clôt l’affaire. Si le débiteur conteste la créance, le tribunal apprécie le bien-fondé de sa défense sur la base des documents versés au dossier et des explications des parties. Lorsque la défense du débiteur exige l’administration d’autres preuves propres à une action judiciaire ordinaire, le tribunal peut refuser de rendre une injonction de payer, et le créancier peut alors poursuivre le recouvrement dans le cadre d’une action judiciaire ordinaire.

Si le tribunal considère que la créance du créancier est fondée en tout ou en partie, il rend une injonction de payer indiquant le montant dû et le délai de paiement. Ce délai ne peut être inférieur à 10 jours ni supérieur à 30 jours à compter de la communication de l’injonction, sauf si les parties conviennent d’un autre délai de paiement.

Le débiteur peut demander l’annulation de l’injonction de payer dans un délai de 10 jours à compter de sa communication. Cette demande peut porter sur la violation des conditions prévues pour rendre l’injonction de payer, ainsi que sur les circonstances d’extinction de l’obligation survenues après son prononcé. Le dépôt de la demande n’interrompt pas l’exécution; la suspension peut toutefois être admise à la demande du débiteur uniquement si une garantie est constituée dans le montant fixé par le tribunal.

L’action judiciaire ordinaire commence par le dépôt d’une demande devant la juridiction roumaine compétente. Une mise en demeure préalable est souvent utile en pratique, car elle peut soutenir les négociations, confirmer la position du créancier et conserver la preuve des échanges avec le débiteur. Toutefois, la mise en demeure spéciale avec un délai de 15 jours, adressée par huissier de justice ou par lettre recommandée, est une condition propre à la procédure d’injonction de payer et ne doit pas être présentée comme une condition générale de toute action judiciaire ordinaire. Dans une procédure ordinaire, la durée de l’affaire dépend de la juridiction compétente, de la communication des actes, de la défense du débiteur, du volume des preuves, d’éventuelles expertises, des voies de recours et d’autres incidents procéduraux.

À la suite de l’examen des documents de l’affaire et des plaidoiries judiciaires, le tribunal rend une décision (un jugement) qui entre en vigueur trente jours après son annonce, à condition qu’il ne soit pas contesté en appel. La législation prévoit la possibilité pour une partie de déposer une requête devant le tribunal de première instance pour renoncer au droit d’appel. Dans ce cas, la décision entre en vigueur à la date de son adoption.

Dans le cadre de l’appel, la cour d’appel ne peut pas rendre de décision qui aggrave la situation de l’appelant par rapport à celle qu’il avait selon la décision du tribunal de première instance, sauf si l’appelant y consent.

L’arrêt de la cour d’appel est définitif, mais il peut faire l’objet d’un recours devant la Haute Cour de cassation et de justice dans un délai de trente jours à compter de la date de son prononcé. Il n’est pas possible d’interjeter appel si le montant de la demande est inférieur ou égal à 500 000 lei roumains.  La décision de la Cour de cassation est définitive et ne peut faire l’objet d’aucun recours. 

La procédure relative aux petites créances s’applique aux demandes dont la valeur, à la date de la saisine du tribunal, ne dépasse pas 50 000 lei roumains, sans tenir compte des intérêts, des frais de justice et des autres sommes accessoires. Le demandeur peut choisir entre l’action judiciaire ordinaire et la procédure relative aux petites créances lorsque les conditions d’application de cette voie simplifiée sont réunies.

La procédure commence par le dépôt du formulaire de demande approuvé, accompagné des documents justifiant la créance, devant la juridiction compétente. Après réception d’un formulaire correctement rempli, le tribunal transmet au défendeur le formulaire de réponse, une copie de la demande et les copies des documents déposés par le demandeur. Le défendeur dispose de 30 jours à compter de la communication de ces documents pour déposer sa réponse et les documents sur lesquels il entend s’appuyer.

En règle générale, la procédure relative aux petites créances est écrite et se déroule sans convocation des parties. Le tribunal peut toutefois ordonner la comparution des parties s’il l’estime nécessaire ou si l’une des parties en fait la demande et que le tribunal considère qu’une audience orale est utile. La décision peut faire l’objet d’un recours dans un délai de 30 jours à compter de sa communication, et la décision rendue sur ce recours est définitive.

Si, après l’entrée en vigueur du jugement, le débiteur ne se conforme pas volontairement à la décision du tribunal, un titre exécutoire doit être obtenu et soumis avec la demande correspondante à l’huissier de justice pour entamer la procédure d’exécution. Si le titre exécutoire stipule ou attribue des intérêts, des pénalités ou d’autres sommes dues au créancier sans en déterminer le montant, ceux-ci sont calculés par l’huissier de justice conformément à la loi. Un titre exécutoire peut être déposé dans un délai de trois ans à compter de la date à laquelle le jugement est passé en force de chose jugée.

Les demandes du créancier au stade de l’exécution forcée peuvent être satisfaites par l’arrestation des comptes du débiteur et le prélèvement de fonds sur ceux-ci; par l’arrestation des biens du débiteur (y compris les biens détenus par des tiers) suivie de leur vente; par l’arrestation et la saisie de valeurs mobilières, ainsi que par le recouvrement de fruits non récoltés et de récoltes (pas avant six mois avant leur maturité) par leur saisie et leur vente ultérieure. De plus, la législation prévoit, en plus de la vente forcée des biens saisis du débiteur, une vente amicale, selon laquelle le débiteur trouve lui-même un acheteur pour les biens saisis et informe l’huissier de justice du coût et des délais de la transaction potentielle, qui peuvent être pris en compte par l’huissier.

Si la créance du créancier contre le débiteur dépasse 50 000 lei roumains, qu’elle est certaine, liquide et exigible depuis plus de 60 jours, le créancier peut évaluer si une procédure d’insolvabilité constitue une alternative appropriée au recouvrement ordinaire. Cette voie est pertinente lorsque le défaut de paiement révèle une insuffisance des fonds disponibles du débiteur pour régler ses dettes exigibles, et non comme un simple moyen de pression dans chaque litige commercial.

Dans le cadre d’une procédure d’insolvabilité roumaine, la responsabilité des membres des organes de direction, de surveillance ou d’autres personnes liées au débiteur ne peut être envisagée que dans les conditions particulières prévues par le droit de l’insolvabilité. Il ne s’agit pas d’un mécanisme automatique permettant de recouvrer une dette commerciale ordinaire directement auprès des dirigeants, associés ou actionnaires.

Cette responsabilité peut être pertinente lorsque l’insolvabilité du débiteur a été causée ou aggravée par des actes tels que l’utilisation des biens de la société dans un intérêt personnel, la poursuite d’une activité conduisant manifestement à la cessation des paiements, la tenue d’une comptabilité fictive, la dissimulation d’actifs, l’augmentation artificielle des dettes, l’utilisation de financements aggravant la situation du débiteur ou la préférence accordée à un créancier au détriment des autres peu avant l’insolvabilité. Ce mécanisme doit donc être apprécié comme un élément d’une stratégie d’insolvabilité, avec les preuves relatives aux personnes concernées, au lien de causalité et au préjudice causé aux créanciers.

Si vous avez besoin d’un accompagnement juridique pour le recouvrement de créances en Roumanie, Grandliga peut vous aider à analyser le débiteur, les documents prouvant la créance, le délai de prescription, les voies judiciaires disponibles, les possibilités d’exécution forcée et les risques liés à l’insolvabilité. La stratégie appropriée doit être choisie après l’analyse du contrat, des factures, de la correspondance, de l’historique des paiements, du statut du débiteur et des actifs disponibles en Roumanie.

28.06.2024
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