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Recouvrement de créances aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, la valeur pratique d’une créance dépend non seulement des documents qui la justifient, mais aussi de la situation juridique et financière actuelle du débiteur. Pour une société néerlandaise, les données du registre du commerce et les informations relatives à l’insolvabilité peuvent indiquer si l’entreprise est toujours active, si elle a été dissoute, si elle connaît des difficultés financières et si elle dispose encore d’actifs identifiables susceptibles de permettre le recouvrement. La créance elle-même doit être examinée au regard du contrat, des factures, des preuves de livraison ou d’exécution des services, de la correspondance, des reconnaissances de dette et des éventuels paiements partiels.

Si le débiteur ne présente pas de signes évidents d’insolvabilité, s’il n’existe pas d’obstacles sérieux à l’exécution et s’il poursuit son activité commerciale, il est généralement raisonnable de commencer par le recouvrement amiable. Cette étape peut comprendre une mise en demeure documentée, la vérification des factures et des documents de livraison, le contact avec les personnes décisionnaires, les négociations sur le paiement, la restitution de biens, la reprise de dette, la compensation, l’échéancier de paiement ou toute autre solution transactionnelle pouvant être formalisée par écrit.

La communication avec le débiteur doit être licite, documentée et proportionnée. L’objectif de la phase amiable n’est pas d’exercer une pression illégitime, mais de confirmer la dette, de lever les éventuelles objections, de conserver les preuves de la position du créancier et d’obtenir un accord de paiement lorsque cela est commercialement réaliste. Si le débiteur est une personne physique résidant aux Pays-Bas, ou si la créance rachetée contre une telle personne est recouvrée, il faut également tenir compte des règles néerlandaises relatives à la qualité des services de recouvrement extrajudiciaire et au système officiel d’enregistrement de ces services.

La durée de la phase amiable dépend de la réaction du débiteur, de la qualité des preuves, de la situation financière du débiteur et de l’existence éventuelle de discussions sur un plan de paiement. Si le débiteur ignore la demande, conteste la dette sans fondement suffisant, transfère des actifs, présente des signes d’insolvabilité ou refuse un règlement réaliste, le créancier doit passer au recouvrement judiciaire ou à une autre voie juridique disponible pour obtenir le paiement.

Avant d’engager une procédure judiciaire, le créancier doit vérifier le délai de prescription applicable. En droit néerlandais, le délai général de prescription est de 20 ans, sauf lorsqu’un délai plus court est prévu par des règles particulières. Pour de nombreuses créances pécuniaires contractuelles, notamment une demande d’exécution d’une obligation de paiement devenue exigible, le délai de prescription est en principe de 5 ans. Des délais particuliers peuvent s’appliquer à certaines catégories de créances, de sorte que la nature de la dette, la date d’exigibilité, le contrat, les reconnaissances de dette antérieures et les mises en demeure déjà envoyées doivent être analysés avant la saisine du tribunal. Le tribunal ne tient compte de la prescription que si le débiteur invoque ce moyen de défense.

Le délai de prescription peut être interrompu par une demande écrite ou une notification écrite dans laquelle le créancier réserve clairement son droit de réclamer l’exécution de l’obligation. La reconnaissance de la dette par le débiteur ou l’accomplissement d’actes de procédure destinés à faire valoir la créance peuvent également avoir une incidence sur la prescription. Après une interruption valable, un nouveau délai commence à courir, ce qui rend essentiels les échanges écrits effectués en temps utile et la conservation correcte des preuves dans les dossiers de recouvrement aux Pays-Bas.

Le droit néerlandais prévoit le recouvrement judiciaire des créances principalement dans le cadre de la procédure civile ordinaire. Le tribunal compétent dépend du montant et de la nature de la demande. Les créances pécuniaires d’un montant inférieur ou égal à 25 000 euros sont généralement examinées par le juge chargé de ces affaires au sein du tribunal de première instance, tout comme certaines affaires de travail, de bail, de vente à des consommateurs et de crédit à la consommation, quel que soit le montant. Les demandes supérieures à 25 000 euros sont généralement examinées par la juridiction civile, où la représentation par avocat est obligatoire pour les deux parties.

La procédure ordinaire commence généralement par une assignation. Ce document indique les parties, la demande, les fondements de fait et de droit, les preuves invoquées et la date à laquelle le défendeur doit comparaître dans la procédure. L’assignation est signifiée au débiteur par un huissier de justice, puis l’affaire est portée devant le tribunal compétent. Le débiteur peut encore tenter de conclure un accord avant la première date procédurale, mais si le litige se poursuit, le tribunal détermine la suite de la procédure.

Le défendeur a le droit de déposer une réponse motivée et doit présenter toutes les objections pertinentes à la demande. Les conséquences relatives aux frais de justice dépendent du type de juridiction. Dans les affaires d’un montant inférieur ou égal à 25 000 euros, les frais de justice sont généralement payés par le demandeur, tandis que dans les procédures civiles portant sur des demandes plus élevées, les frais peuvent être dus aussi bien par la partie qui introduit l’affaire que par la partie qui se défend. Si le défendeur répond dans le délai requis, le tribunal peut fixer une audience orale, ordonner un échange écrit, demander des preuves supplémentaires ou rendre ultérieurement un jugement final.

Pour les créances pécuniaires transfrontalières non contestées au sein de l’Union européenne, à l’exception du Danemark, le créancier peut également envisager l’injonction de payer européenne. Cette procédure est pertinente lorsque le créancier et le débiteur se trouvent dans différents États membres de l’Union européenne et que la demande porte sur une somme déterminée, exigible, de nature civile ou commerciale. Aux Pays-Bas, les demandes sont examinées par le tribunal de La Haye et les formulaires peuvent être déposés en néerlandais. Cet outil ne doit pas être confondu avec une procédure nationale néerlandaise d’injonction de payer : les Pays-Bas ne disposent pas d’une procédure nationale uniforme pour les créances pécuniaires non contestées qui ne sont pas transfrontalières, de sorte que la procédure ordinaire par assignation reste la voie habituelle pour ces demandes internes.

Lorsqu’il existe un risque réel que le débiteur vende, transfère ou dissimule des actifs avant le jugement, le créancier peut envisager une saisie conservatoire. Cette mesure peut être utilisée avant la procédure principale afin de préserver des actifs, notamment des comptes bancaires ou des biens, jusqu’à ce que le tribunal statue sur le litige. Elle exige l’autorisation du tribunal, doit être demandée par l’intermédiaire d’un avocat et est exécutée par un huissier de justice. Le créancier doit ensuite engager la procédure principale afin que le tribunal puisse examiner la créance au fond.

Si le défendeur ne comparaît pas ou ne répond pas dans les formes requises, le tribunal peut rendre un jugement par défaut. Cela ne signifie pas que la demande est acceptée automatiquement : le tribunal vérifie encore si les exigences procédurales ont été respectées et si la demande n’est pas illégale ou manifestement infondée. Si le défendeur participe à la procédure, le tribunal examine le litige selon les règles ordinaires, peut envisager un règlement amiable ou une médiation lorsque cela est approprié, puis informe les parties de la date à laquelle le jugement sera rendu.

La décision du tribunal de première instance peut généralement faire l’objet d’un appel devant la cour d’appel dans un délai de 3 mois à compter de la date du jugement. Dans certaines affaires civiles, l’appel n’est pas possible, par exemple lorsque le montant de la demande est inférieur à 1 750 euros. La procédure d’appel doit être engagée avec l’intervention d’un avocat et d’un huissier de justice. Un appel formé dans le délai peut avoir une incidence sur l’exécution du jugement, sauf si le jugement a été déclaré exécutoire immédiatement. La cour d’appel peut examiner l’affaire après des écritures, une audience orale, des preuves supplémentaires ou toute autre étape procédurale nécessaire à la résolution correcte du litige.

Après l’examen de l’appel, la cour d’appel rend sa décision. Un pourvoi en cassation peut ensuite être formé devant la Cour suprême des Pays-Bas dans un délai de 3 mois à compter de la décision d’appel. La cassation n’est pas un nouveau procès complet sur les faits : la Cour suprême vérifie si la juridiction inférieure a correctement appliqué le droit et les règles de procédure. L’effet de la cassation sur l’exécution dépend du caractère exécutoire de la décision contestée et de la situation procédurale des parties.

Pour les créanciers étrangers, la reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers aux Pays-Bas constituent une question distincte. Si le créancier dispose déjà d’un jugement rendu par une juridiction d’un autre État membre de l’Union européenne dans une affaire civile ou commerciale, le règlement de l’Union européenne n° 1215/2012 constitue généralement l’instrument principal. Dans ce cadre, un jugement rendu dans un État membre de l’Union européenne est reconnu dans les autres États membres sans procédure spéciale de reconnaissance et peut être exécuté sans déclaration distincte constatant sa force exécutoire.

Lorsque le jugement est définitif ou autrement exécutoire, le créancier peut engager une exécution forcée aux Pays-Bas. Le droit d’exécuter une décision de justice est en principe soumis à un délai de 20 ans. Si le jugement ordonne des paiements dus dans un délai d’un an ou dans des périodes plus courtes, un délai de 5 ans peut s’appliquer à ces obligations périodiques. L’exécution est effectuée par un huissier de justice, qui dispose de pouvoirs légaux pour prendre des mesures d’exécution.

Dans le cadre de l’exécution, le créancier peut demander le recouvrement au moyen de la saisie de fonds sur des comptes bancaires, de la saisie de revenus, de la saisie et de la vente de biens meubles ou immeubles, de la saisie de titres, de parts sociales ou d’actifs du débiteur détenus par des tiers. Les huissiers de justice doivent enregistrer certaines saisies dans un registre numérique central des saisies et vérifier si les actifs ont déjà été saisis par d’autres créanciers avant de signifier une assignation ou de procéder à une saisie. Cette vérification des actifs et des saisies existantes est importante pour choisir une stratégie d’exécution efficace.

Si le débiteur présente des signes d’insolvabilité ou a cessé de payer plusieurs créanciers, le créancier peut évaluer si une demande de faillite est commercialement justifiée. La faillite ne doit pas être considérée comme un substitut automatique au recouvrement judiciaire ordinaire : la demande d’un créancier exige en principe l’existence d’au moins 2 dettes, d’au moins 2 créanciers, d’au moins une dette immédiatement exigible et d’une situation dans laquelle le débiteur a cessé de payer. Le créancier qui demande la faillite du débiteur doit être représenté par un avocat et être prêt à participer à l’audience.

Si le tribunal déclare le débiteur en faillite, il désigne un curateur. À partir de ce moment, le curateur administre la masse de la faillite et détermine la manière dont les créances des créanciers seront traitées. Le créancier doit suivre le registre central des insolvabilités, contacter le curateur lorsque cela est nécessaire et produire les preuves de sa créance dans la procédure de faillite. L’utilité pratique de cette voie dépend de l’existence d’actifs dans la masse et de la question de savoir si le recouvrement attendu justifie les coûts et la durée de la procédure.

Dans le cadre de la faillite, le curateur peut examiner les actes accomplis avant l’ouverture de la procédure lorsque ces actes ont porté préjudice aux créanciers ou réduit les biens disponibles pour la répartition. Il peut notamment s’agir de transferts d’actifs sans contrepartie, de ventes à un prix inférieur à la valeur de marché, de transferts au profit de personnes liées ou de sociétés du même groupe, de sûretés constituées peu avant la faillite pour garantir une dette déjà existante, de garanties ou sûretés pour lesquelles le débiteur n’a pas reçu une valeur équivalente, de compensations inhabituelles, de paiements sélectifs favorisant un créancier au détriment des autres, ou d’autres actes dans lesquels le débiteur et l’autre partie savaient ou auraient dû savoir que les créanciers seraient lésés.

Si les conditions juridiques sont réunies, le curateur peut contester ces actes et obtenir leur annulation ou leur inopposabilité au bénéfice de la masse de la faillite. La conséquence n’est pas seulement une déclaration formelle du caractère problématique de l’acte : l’actif, le paiement ou la valeur économique reçue par l’autre partie peut devoir être restitué à la masse. Cela peut augmenter les biens disponibles pour les créanciers, améliorer leur position collective et créer une meilleure base pour couvrir les frais de faillite et distribuer les fonds selon l’ordre légal de priorité. Pour un créancier individuel, cela ne garantit pas un paiement intégral, mais peut améliorer sensiblement les perspectives de recouvrement lorsque des actifs de valeur ont été transférés hors du patrimoine du débiteur avant la faillite.

La responsabilité des dirigeants aux Pays-Bas n’apparaît pas automatiquement du seul fait que la société a des dettes impayées. Les dirigeants peuvent être exposés personnellement uniquement lorsqu’il existe un fondement juridique précis, par exemple une mauvaise gestion, une fraude liée à la faillite, une garantie personnelle, un comportement trompeur ou une autre circonstance justifiant une responsabilité personnelle. Si un dirigeant a commis une fraude liée à la faillite, une interdiction d’exercer des fonctions de direction peut également être prononcée pour une durée pouvant aller jusqu’à 5 ans. Ces questions doivent être appréciées séparément de la créance ordinaire contre la société, car le fondement juridique et le niveau de preuve sont différents.

Si vous rencontrez des difficultés pour recouvrer une créance aux Pays-Bas, Grandliga peut analyser votre dossier et vous aider à déterminer la démarche la plus appropriée. Transmettez-nous les documents disponibles ainsi que les principales informations concernant le débiteur ; nous examinerons la situation, évaluerons les perspectives de recouvrement et proposerons une stratégie pratique pour la suite.

29.07.2024
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