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Recouvrement de créances au Cambodge

La procédure de recouvrement de créances au Cambodge commence par une évaluation juridique et financière du débiteur, des documents qui prouvent la créance et de la possibilité pratique de transformer la demande du créancier en recouvrement effectif. À ce stade, il est important de vérifier l’identification exacte du débiteur, l’adresse pouvant être utilisée pour la signification des actes, l’activité commerciale en cours, les actifs connus au Cambodge, les procédures judiciaires ou d’exécution existantes, les signes d’insolvabilité, ainsi que les objections possibles concernant le contrat, la livraison, l’étendue des services, le montant réclamé, le délai de prescription ou l’exécution partielle de l’obligation.

Si le débiteur poursuit son activité, dispose d’une adresse identifiable et qu’aucun signe immédiat de transfert d’actifs n’apparaît, la première étape peut consister en une tentative documentée de règlement volontaire de la dette. Au Cambodge, cette phase est utile non seulement pour négocier le paiement, mais aussi pour déterminer si le débiteur reconnaît l’obligation, conteste le montant, demande un délai, propose un échéancier, offre une sûreté, restitue des biens, accepte le transfert de la dette à un tiers ou suggère une autre solution commercialement acceptable.

La communication avec le débiteur doit être organisée au moyen d’une demande formelle de paiement, d’échanges écrits et de la conservation des preuves d’envoi, de réception et de contenu des messages. Pour un créancier étranger, ces éléments ont une valeur pratique, car ils peuvent influencer le choix entre une procédure judiciaire ordinaire, une injonction de payer, des mesures de conservation des biens, l’exécution d’un titre existant ou une procédure d’insolvabilité.

La phase amiable reste utile tant qu’il existe une possibilité réelle de paiement, d’accord ou de reconnaissance exploitable de la dette. Lorsque le débiteur évite les échanges, conteste l’obligation sans documents suffisants, change d’adresse, transfère des actifs, cesse son activité ou présente des signes d’incapacité financière, la stratégie doit passer au recouvrement judiciaire de créances, à la préparation des preuves et à l’évaluation des biens pouvant être visés au stade de l’exécution.

Avant d’engager une action judiciaire, le créancier doit évaluer le délai de prescription applicable à sa créance. En droit civil cambodgien, le délai général de prescription des créances pécuniaires est de 5 ans à compter du moment où la créance peut être exercée. Pour certaines créances relatives au prix de biens vendus ou de services fournis par un fabricant ou un commerçant à une personne qui n’est pas commerçante, le délai est de 2 ans. Lorsqu’une créance est définitivement établie par un jugement définitif, une transaction judiciaire ou un autre acte ayant un effet équivalent, le délai de prescription est de 5 ans à compter de cette constatation définitive, même si le délai initial était plus court.

Le tribunal cambodgien applique la prescription lorsqu’elle est invoquée par la partie ayant le droit de s’en prévaloir. Le délai de prescription peut être interrompu par l’introduction d’une action en justice, la participation à une procédure d’insolvabilité, un acte d’exécution, une mesure de conservation des biens, un paiement partiel, le paiement d’intérêts, la constitution d’une sûreté ou toute autre reconnaissance de l’existence de la créance. Après l’interruption, le délai recommence à courir selon les règles applicables.

La loi cambodgienne permet de choisir différentes voies de recouvrement judiciaire de créances selon le montant de la demande, la qualité des documents, la position prévisible du débiteur, la possibilité de signifier les actes au Cambodge et l’existence de biens pouvant être visés. En pratique, le créancier peut envisager la procédure judiciaire ordinaire, la procédure relative aux petites créances, l’injonction de payer, la reconnaissance et l’exécution d’une décision judiciaire étrangère, l’exécution d’un titre existant, les mesures de conservation des biens et, en cas d’incapacité financière importante du débiteur, la procédure d’insolvabilité.

La procédure judiciaire ordinaire commence par le dépôt d’une demande auprès du tribunal. La demande doit indiquer les noms et adresses des parties, leurs représentants légaux, le contenu de la décision sollicitée, les faits nécessaires pour identifier la créance, les circonstances concrètes qui fondent la demande et les preuves relatives à chaque point pertinent. Si la demande ne respecte pas les exigences formelles ou si les frais requis n’ont pas été payés, le tribunal peut accorder un délai pour corriger les irrégularités ; si elles ne sont pas corrigées, la demande peut être rejetée.

Lorsque la demande est conforme à la loi, une copie est signifiée au défendeur et le tribunal fixe la date de la procédure préparatoire. Sauf circonstances particulières, cette date doit être fixée dans les 30 jours suivant le dépôt de la demande. Pour le créancier, l’indication correcte de l’adresse du débiteur et la préparation complète des preuves sont essentielles, car les difficultés de signification, l’insuffisance des documents ou le non-paiement des frais de procédure peuvent retarder ou affaiblir le dossier.

Si le demandeur n’a pas de domicile, d’établissement commercial ou d’autre bureau au Cambodge, le défendeur peut demander au tribunal d’ordonner au demandeur de fournir une garantie pour les frais de justice. Le défendeur qui présente cette demande peut refuser de comparaître tant que la garantie n’a pas été fournie. Le montant est déterminé en fonction des frais de justice que le défendeur pourrait avoir à supporter. Ce point est particulièrement important pour les créanciers étrangers qui envisagent d’agir directement devant les tribunaux cambodgiens.

Au cours de la procédure préparatoire, le tribunal organise les positions des parties, clarifie les questions de fait et de droit, identifie les preuves relatives aux points contestés et peut favoriser une transaction judiciaire. Les parties peuvent être invitées à présenter des documents préparatoires pour les plaidoiries. Ces documents doivent contenir les allégations, les preuves et les réponses aux allégations et preuves de la partie adverse. Si le défendeur ne nie pas clairement les faits allégués par le demandeur, ces faits peuvent être réputés admis ; s’il déclare ne pas les connaître, ils sont en principe considérés comme contestés.

Après la clôture de la procédure préparatoire, les parties exposent le résultat de cette phase lors des plaidoiries, puis le tribunal procède à l’examen des preuves nécessaires. La présentation tardive d’allégations ou de preuves peut être limitée lorsqu’elle intervient à un moment inapproprié et provoque un retard dans la procédure. Les contrats, factures, documents de livraison, procès-verbaux de réception, correspondances, reconnaissances de dette, relevés de compte, garanties, procurations et preuves de communication avec le débiteur doivent donc être préparés avant le début de la phase judiciaire active.

Si le défendeur ne comparaît pas à la première date de la procédure préparatoire, le tribunal peut clôturer immédiatement cette phase et fixer la première date des plaidoiries. Si le défendeur ne comparaît pas à la date fixée pour les plaidoiries, le tribunal peut considérer les faits allégués par le demandeur comme admis et, si la demande repose sur une base juridique, rendre un jugement par défaut. Cette conséquence s’apprécie en tenant compte du fait que le défendeur a ou non contesté les allégations du demandeur à un stade antérieur. La décision doit être rendue dans un délai d’un mois après la clôture des plaidoiries, sauf affaire complexe ou circonstances particulières.

La procédure des petites créances s’applique aux demandes pécuniaires dont le montant ne dépasse pas 1 000 000 de riels. La demande peut être déposée sous une forme simplifiée et, sauf circonstances particulières, la date des plaidoiries doit être fixée dans les 30 jours suivant le dépôt de la demande. Cette procédure vise à résoudre rapidement le litige, de sorte que l’audience doit généralement être achevée le premier jour fixé pour les plaidoiries.

Les parties doivent présenter tous leurs arguments et preuves avant ou à la date des plaidoiries, et l’examen des preuves est limité aux éléments pouvant être vérifiés immédiatement. Le défendeur peut demander le transfert de l’affaire vers la procédure ordinaire, à condition de le faire avant de présenter ses arguments le premier jour des plaidoiries. Le tribunal peut également transférer l’affaire vers la procédure ordinaire lorsque les conditions de la procédure des petites créances ne sont pas remplies. En règle générale, le tribunal rend sa décision immédiatement après la clôture des plaidoiries, et aucun recours ordinaire contre la décision définitive rendue dans cette procédure n’est disponible, sauf voies spécifiques prévues pour certaines situations.

L’injonction de payer peut être utilisée pour réclamer le paiement d’une somme d’argent déterminée, à condition que l’ordonnance puisse être signifiée au débiteur au Cambodge par un mode admis par la loi. La demande doit indiquer les parties, les adresses, le contenu de la décision sollicitée, les faits nécessaires pour identifier la créance et le montant à payer. Lorsque les conditions sont réunies, le tribunal peut rendre l’ordonnance sans convoquer préalablement le débiteur et sans entendre sa position.

L’injonction de payer doit préciser que si le débiteur ne forme pas opposition dans les deux semaines suivant la signification, le tribunal peut la déclarer provisoirement exécutoire. La signification a une importance pratique décisive : si l’ordonnance ne peut pas être remise à l’adresse indiquée par le créancier et que celui-ci ne fournit pas une autre adresse dans les deux mois suivant l’information sur l’échec de la signification, la demande d’injonction de payer est réputée rejetée.

Si le débiteur forme une opposition valable avant la déclaration d’exécution provisoire, l’ordonnance perd effet dans la partie contestée et l’affaire est réputée introduite devant le tribunal compétent au moment du dépôt de la demande d’injonction de payer. Si le débiteur ne forme pas opposition dans les deux semaines, ou si l’opposition est rejetée et que ce rejet devient définitif, le tribunal déclare l’ordonnance provisoirement exécutoire, ce qui permet au créancier de passer à la phase d’exécution selon les règles applicables.

Le jugement du tribunal de première instance peut faire l’objet d’un recours devant la cour d’appel dans un délai d’un mois à compter du jour où la partie a reçu la notification du jugement écrit. En matière civile et commerciale, la possibilité de recours peut dépendre du montant de la demande et des règles de procédure applicables au type de décision concerné. Le recours est déposé par écrit auprès du tribunal qui a rendu le jugement, puis ce tribunal transmet le recours et le dossier à la cour d’appel.

La décision de la cour d’appel peut être contestée devant la Cour suprême du Cambodge lorsqu’il existe des motifs prévus par la loi. Ce recours doit être déposé par écrit auprès du tribunal qui a rendu la décision contestée dans un délai d’un mois à compter de la réception de la notification de la décision écrite de la cour d’appel. Si le recours lui-même ne contient pas les motifs, le requérant doit déposer l’exposé écrit des motifs dans les 30 jours suivant la réception de la notification d’acceptation du recours. La Cour suprême examine l’affaire dans les limites des motifs invoqués et ne procède pas à un nouvel examen complet des faits comme un tribunal de première instance.

Lorsque le créancier dispose déjà d’une décision définitive d’un tribunal étranger contre le débiteur ou concernant des biens situés au Cambodge, la stratégie doit inclure la reconnaissance et l’exécution des décisions judiciaires étrangères. Une décision étrangère définitive et obligatoire ne produit effet au Cambodge que si les conditions légales sont réunies : compétence appropriée du tribunal étranger selon la loi ou un accord international applicable, notification régulière du défendeur perdant ou participation de celui-ci à la procédure, compatibilité du contenu de la décision et de la procédure avec l’ordre public et les bonnes mœurs du Cambodge, ainsi que réciprocité entre le Cambodge et l’État du tribunal étranger.

Pour poursuivre l’exécution sur des biens situés au Cambodge, le créancier doit obtenir une décision du tribunal cambodgien autorisant l’exécution de la décision étrangère. Le tribunal cambodgien ne réexamine pas le litige au fond comme une nouvelle affaire ; il vérifie si les conditions légales permettant l’exécution sont remplies. Une fois que la décision d’autorisation est devenue définitive et obligatoire, la décision étrangère peut servir de titre pour l’exécution d’une décision judiciaire étrangère au Cambodge.

Après qu’un jugement, une injonction de payer exécutoire, une transaction judiciaire, un acte notarié exécutoire ou une décision étrangère autorisée à l’exécution au Cambodge est devenu exécutoire, le créancier peut engager l’exécution forcée. Une créance constatée par un jugement définitif, une transaction judiciaire ou un acte ayant un effet équivalent est en principe soumise à un délai de prescription de 5 ans. L’exécution ne commence pas automatiquement : le créancier doit déposer une demande écrite, joindre une copie du titre exécutoire et indiquer les parties, le titre, le type d’exécution, le mode d’exécution et, en cas d’exécution directe, les biens visés.

Dans le cadre de la procédure d’exécution au Cambodge, le recouvrement peut porter sur les fonds détenus sur des comptes, les biens meubles, les biens immeubles, les créances contre des tiers, les titres, les droits patrimoniaux et les autres actifs du débiteur légalement saisissables. Des informations concrètes sur les comptes, les immeubles, les biens enregistrés, les contrats, les créances contre des tiers et l’activité commerciale du débiteur renforcent l’efficacité pratique de l’exécution, car elles permettent de formuler une demande plus précise et réduisent le risque qu’un titre valable reste sans recouvrement effectif.

Un outil supplémentaire de protection du créancier peut être la procédure d’insolvabilité du débiteur. Selon le droit cambodgien de l’insolvabilité, la procédure peut être ouverte lorsque le débiteur n’est pas en mesure d’exécuter une ou plusieurs obligations valables et exigibles dont le montant total dépasse 5 000 000 de riels. La demande peut être déposée par le débiteur, un ou plusieurs créanciers, le directeur des entreprises ou le procureur. Elle doit indiquer le nom ou la dénomination et l’adresse du débiteur, les informations relatives au demandeur, les fondements juridiques, les faits et documents qui les prouvent, ainsi que les renseignements nécessaires au tribunal pour apprécier l’ouverture de la procédure.

La faillite peut constituer une voie complémentaire de recouvrement lorsque le débiteur a cessé d’exécuter ses obligations exigibles, a plusieurs créanciers, transfère des actifs, réduit ou cesse son activité, ou lorsque l’exécution individuelle n’offre plus de perspective réaliste de satisfaction. Après l’ouverture de la procédure, une masse d’insolvabilité est constituée, comprenant les actifs, droits et créances du débiteur, et les créanciers doivent produire leurs créances conformément aux délais et instructions publiés dans la procédure.

Dans la procédure d’insolvabilité, certaines opérations portant atteinte aux créanciers peuvent être annulées par le tribunal. Il s’agit notamment d’une opération réalisée avec l’intention de frauder les créanciers en plaçant des actifs hors de portée du recouvrement ; d’une opération réalisée dans les 3 ans précédant l’ouverture de la procédure sans contrepartie reçue par le débiteur, sauf exceptions prévues par la loi ; d’une opération réalisée dans l’année précédant l’ouverture de la procédure dans laquelle l’obligation du débiteur dépassait de manière significative celle de l’autre partie ; du paiement d’une dette non encore échue ou de la constitution d’une sûreté nouvelle ou supplémentaire au profit d’une personne liée dans l’année précédant l’ouverture ; du paiement d’une dette non encore échue ou de la constitution d’une sûreté nouvelle ou supplémentaire dans les 6 mois précédant l’ouverture ; ainsi que de certaines opérations relatives à des créances subordonnées ou particulières réalisées dans l’année précédant l’ouverture.

À la suite de l’annulation, les sommes payées, les biens transférés ou le produit de la vente des biens transférés peuvent être récupérés et intégrés dans la masse d’insolvabilité. La personne auprès de laquelle les sommes ou les biens ont été récupérés peut avoir droit à la restitution de la contrepartie fournie dans la mesure où elle existe encore séparément dans les actifs de la masse, et elle peut également déclarer une créance dans la procédure. Pour le créancier, ce mécanisme est important lorsque le non-paiement est lié au transfert d’actifs, à des paiements sélectifs, à la constitution de sûretés peu avant l’insolvabilité ou à des opérations avec des personnes liées au débiteur.

Si vous avez besoin d’un accompagnement en matière de recouvrement de créances au Cambodge, Grandliga peut intervenir à toutes les étapes importantes : analyse du débiteur et des actifs, évaluation des documents de créance, préparation de la stratégie amiable, négociation du paiement, choix de la procédure judiciaire appropriée, suivi de l’action, demande d’injonction de payer, reconnaissance et exécution d’une décision judiciaire étrangère, ouverture de la procédure d’exécution et analyse des mesures liées à l’insolvabilité. La stratégie adaptée dépend de la nature de la créance, des preuves disponibles, de l’adresse du débiteur, des biens situés au Cambodge et de la possibilité réelle de transformer un titre juridique en recouvrement effectif.

09.10.2024
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